Hommage aux coureurs des tranchées

Jean Bouin, vainqueur le 2 avril 1910 de la course Nice-Monaco.

Les célébrations du 11 novembre, marquant cette année le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, sont également l'occasion de se souvenir des « coureurs des tranchées », athlètes combattants victimes, à l’instar de 1,4 million de soldats Français, de ce carnage européen et mondial. Leurs noms sont aujourd'hui méconnus. Et nous vous invitons à la découverte de leurs histoires au travers de ces quelques lignes et surtout d'un livre « 14-18, le sport sort des tranchées » par  Michel Merckel.

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Par Lucas Buthion

 

Qui se souvient en effet aujourd’hui de Jean Bouin, Joseph Caulle, Georges Dumontel, Paul Granger, Leon Janvier, Jules Lamorille, Michel Soalhat, d’Edouard Cibot, Albert Massot ou Henri Tauzin ?

Professionnels (pour quelques-uns) ou amateurs, ils étaient, avant les hostilités, les égéries (inter)nationales de la course à pied, déclinée sous toutes ses formes et toutes ses distances - des plus conventionnelles aux plus incongrues : cross-country, sprint, 500m, 5000m, marathon, mais aussi préhistoire de « l’ultra-fond » (on peine à imaginer le prestige dont jouissaient ces courses à l’époque), avec des épreuves comptant jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres (à l'image de la célèbre course Toulouse-Paris de...737km) !

Hérauts de la France athlétique enrôlés sous les drapeaux, ces champions passèrent de la boue frivole des parcours de cross-country à celle, visqueuse et insidieuse, des tranchées, des pistes cendrées aux cendres du champ d’honneur. Avec une cinquantaine de ses meilleurs éléments tombés entre 1914 et 1918, l’athlétisme aura été - derrière le rugby, le football et le cyclisme - le sport le plus décimé par les combats.

Période funeste et tragique pour l’athlétisme français ; mais, on ose à peine l’écrire, période épique aussi. Car les épreuves de la guerre, dans toute leur horreur, ont également façonné des destins de champions, dotés d’une trempe d’un autre temps.

A l’image du Limousin Joseph Guillemot. Découvrant l’athlétisme au front, victime du gaz moutarde (il conservera une atrophie du poumon droit), il n’en sera pas moins champion olympique sur 5000m aux Jeux Olympiques d’Anvers en 1920 et vice-champion olympique sur 10 000m, dans une course d’anthologie.

Joseph Guillemot au départ de sa tentative de record du 3000 mètres, le 7 novembre 1920.

Clemenceau a dit des Poilus après la guerre : « ils ont des droits sur nous ». Evoquer le conflit à travers ces histoires - tantôt tragiques, tantôt épiques - d’hommes et de sport, c’est notre petite contribution pour ne pas oublier les souffrances endurées par cette génération lointaine d’athlètes – et avec eux l’ensemble de leurs jeunes contemporains Français et Européens. Et ainsi faire vivre l’étincelle de ce souvenir dans nos cœurs de sportifs, amoureux de la culture de la Course et inspirés par son histoire.


Pour aller plus loin : nous recommandons la lecture de « 14-18, le sport sort des tranchées » de Michel Merckel.